THE NEON DEMON de Nicolas Winding Refn

Le nouveau NWR est dans la lignée de VALHALLA RISING : sous couvert de film de genre (film de vampire) THE NEON DEMON est plutôt une succession de tableaux plus ou moins inspirés et esthétisants. Seulement là ou VALHALLA RISING était dépouillé, brutal et sincère, THE NEON DEMON est, sous couvert de se dérouler dans le milieu de la mode, une suite de séquences hipstérisantes et stroboscopiques qui lorgnent plus vers la publicité de produits de luxe que vers Kenneth Anger, la référence mise en exergue par NWR dans ses interviews.

Le scénario et les dialogues ne sont pas vraiment importants, c’est l’histoire d’une jeune, belle et innocente reptilienne qui se lance comme mannequin de mode à L.A. La réaction de ses concurrentes va vous étonner ! Sans tomber dans le moralisme où la dénonciation d’une industrie de l’apparence que l’intelligence et le bon gout ont désertés depuis longtemps (après tout on ne crachera pas dans la soupe) NWR se drape dans ses tissus hors de prix pour se faire le chantre d’une originalité furibarde et d’une mise en scène qui explore les émotions les plus profonde de la nature humaine (enfin c’est ce qu’il dit). Que de belles et nobles ambitions pour un film qui évoque plus au final une pub Cartier branchouille et provocante qu’une introspection violente et douloureuse de la psyché post XXème siècle d’une adolescente superficielle. Enfin j’exagère, le côté adolescente superficielle est bien présent. En fait tout le projet cinématographique de THE NEON DEMON est de transposer le film de vampire dans le milieu de la mode : on a droit à toutes les scènes emblématiques du genre « remixées » version strass et paillettes (bain de sang de vierge, sabbat, possession, cannibalisme, etc…) et à grand renfort de musique électronique, de jeux de miroirs et de lumières artificielles. Si le début fonctionne plutôt bien (magnifique introduction, belle idée de mise en scène) on déchante rapidement quand on comprend que Refn va nous faire l’inventaire de ses références vampiriques et qu’en plus il use des mêmes idées ou artifices plusieurs fois (les miroirs, les fauves, les grosses basses dans le son, etc…) : bref, très vite on voit les ficelles et on s’ennuie ferme.

Là où on espérait que NWR allait utiliser la forme et la mise en scène pour détourner ou distordre le propos et jouer sur les codes de la mode et du luxe pour faire une œuvre transgressive et dérangeante on se retrouve avec une longue suite de scènes dans lesquelles les motifs se répètent à l’envie (les triangles, les paillettes) sans que rien n’aboutisse. On a l’impression que la seule chose qu’interroge NWR est le vide créatif (NWR utilise métaphoriquement la mort) que les directeurs artistiques tendances et surpayés entretiennent entre deux rails de cokes : or à interroger le vide on est vite déçu. Quant aux fameuses scènes « gores » ou « dérangeantes », non seulement on les a déja vues (et en mieux) mais elles ne sont justifiées que par une volonté de choquer à tout prix. Pour finir, ce qui enterre définitivement le projet c’est le manque absolu d’humour et de recul dans la narration. J’ai vu ça et là des comparaisons à Lynch mais il y a toujours de l’humour et une mise en perspective chez Lynch, ce qui manque cruellement ici. C’est comme si NWR défendait un cinéma esthétisant et vide, à l’image de l’époque. Et si l’humour c’est de balancer des dialogues creux et mal déclamés par des modèles femmes suivis de longues plages de silences gênés, c’est raté.