COMANCHERIA de David Mackenzie

Texas, aujourd’hui. Le désert brûlant, les incendies dans la plaine, les cow-boys au RSA et les banquiers grassouillets. La vie et la mort, entre deux Lone Star, de la sueur au litre, du néant entre des lignes de clôtures, sous des pylônes électriques. Le silence pesant, le bruit du vent, des yeux fuyants…

Qui vole qui ? Le film est basé sur un paradoxe à l’image de notre époque, sur ces deux frangins qui rachètent le ranch familial placé en hypothèque par la banque qu’ils vont braquer. Mais au delà de cet aspect politique évident et un peu simpliste, COMANCHERIA cache plus que ce qu’il parait au premier coup d’œil, comme ces Texans blasés qui se meuvent sans but sous le soleil.

Pour comprendre les origines du chaos, pour se figurer l’étendue du drame auquel on assiste, qui est bien plus profond et métaphysique que la filiation ou le pardon, il faut se pencher sur la mythologie du Texas, sur ce territoire immense et vide qui pendant les années 70 à été, à l’image du monde qui arrivait, le théâtre de la fin des temps. Au IIIe siècle l’enfer était une terre polluée, du feu et de la fumée, des marécages noirs et sordides. Texas, 2016 : des banques et du pétrole, sous un cagnard brûlant. Le reste peut crever, et crève. Flic, braqueurs, voyous : vous avez tous un crédit, une maison à payer. Et du pétrole jaillit l’argent, du pétrole on définit des territoires et déclare des guerres. L’or noir, le cadeau de la terre. Fruit de la décomposition de milliards de cadavres à travers les âges, puis transformé en or, énergie puis dioxyde de carbone et enfin cancer, nos cadavres seront le pétrole de demain, l’argent des banques et de l’Industrie.

Dans COMANCHERIA, entre le désespoir et le néant, il y a des mecs qui flambent au milieu de paysages gigantesques, il y a la musique désespérée de Nick Cave, il y a ce qu’il y a de plus grand dans l’homme : l’amour pour ses enfants, jusqu’à la mort. Parce que le pétrole a gagné il n’y aura jamais de happy end, mais il nous reste encore le choix de mourir librement, les armes à la main. Se comporter en héros, le rêve américain, une place au paradis. Et des geysers de pognons qui embrasent les puits dans la nuit, dans les déserts et dans les océans. La terre est noire et en feu, les cavaliers de l’apocalypse sont des cowboys à qui on a tout pris au nom du progrès.

« Parce que s’il y a bien quelque chose qui s’oppose intégralement à la Lumière, ne naît que de son absence, se fait matière même de l’absence pour proposer ensuite aux hommes des services astringents, faisant d’eux les esclaves d’une volonté indéchiffrable mais dont les conséquences sont toujours la destruction des corps, l’échauffement des esprits et la mort des âmes, c’est bien le pétrole. Le pétrole est notre « promesse de malheur ». »

Pacôme Thiellement