GRAVE de Julia Ducournau

Grosse hype de festival autour de ce premier film de Julia Ducournau, qui serait selon la presse rien de moins que le renouveau du cinéma de genre Français. Difficile à classer, GRAVE n’est pas vraiment un film de genre, c’est un film d’auteur maquillé comme un teen-movie d’horreur franco-belge, ce qui semble peu digeste sur le papier et l’est encore moins à l’écran. Justine (et merde) est une végétarienne convaincue qui se retrouve forcée à avaler de la viande crue lors de son bizutage à l’école vétérinaire ; s’ensuit une escalade dans le carnisme à en faire pâlir un charcutier, elle se met à dévorer tout ce qui saigne (et qui peut donc mourir), du steak haché à la colocataire, le tout en pleine semaine de bizutage.

GRAVE - Julia Ducournau

Le pitch est peut être la chose la plus réussie et originale du film :  mais dès les cinq premières minutes ça sent l’entourloupe, Julia Ducournau tombe petit à petit dans tous les pièges du film Français made in FEMIS ! Par ou commencer ? Le casting approximatif ? La photographie grisâtre ? La vénération d’Auteurs extrêmement gênante ? Les thématiques dans l’air du temps balancées à l’emporte-pièce ? Le plus gênant c’est tout de même le manque absolu de subtilité : Julia Ducournau à beaucoup de choses à dire sur notre époque manifestement, et elle ne se prive pas de le faire. Le gros problème c’est que ces thématiques n’ont rien d’originales ou de subversif : il s’agit du marché de la viande, genre abordé dans le teen-movie depuis environ la création du teen-movie et avec tellement plus de subtilité et de justesse chez des types comme Larry Clark ou John Hugues. Julia Ducournau ne fait que montrer frontalement ce qui était « caché » ou suggéré chez ces réalisateurs : l’impitoyable machine à normaliser les esprits et les corps qu’est la société, notamment via l’école (et le porno, et la pub, etc). L’acceptation du corps au moment où il est le plus incontrôlable (l’adolescence), on a déjà vu ça mille fois dans le teen-movie américain, de AMERICAN PIE à BREAKFAST CLUB ; dans GRAVE non seulement on rit très peu (pas du tout même) mais en plus on doit se cogner la crise d’adolescence d’une gamine tête à claque qui surjoue constamment la djeunz. En fait Julia Ducournau voudrait faire et dire plein de chose mais on assiste surtout à un requiem en faveur du libéralisme social à la mode, un film écrit par de belles personnes bien pensantes et bien content de l’annoncer fièrement au monde. L’idée de base, entendons-nous bien, est belle : montrer la pulsion sexuelle comme une explosion de violence graphique, mais tellement de bons cinéaste sont passés par là avant que GRAVE ressemble tantôt à une pâle copie de Cronenberg dans ses meilleurs moments, tantôt à un horrible film belge style ALABAMA MONROE dans les pires. Le tout est bien évidemment schizophrène et mal écrit, et la violence assez exacerbée de certaines scène font clairement de GRAVE un film de festival, avec un public conquis d’avance.

Il y a pourtant chez Ducournau une envie de cinéma manifeste, des idées de plans ou de compositions ici ou là, de belles choses parfois (un beau plan séquence) mais putain il faut arrêter avec les personnages ultra caricaturaux : le conducteur de poids lourd raciste, le bellâtre homosexuel (le mec couche avec une femme, et hurle qu’il est gay ?) issu de la diversité, tous les personnages masculin sont une catastrophe (je ne parle même pas du père, on sent le twist final arriver dès le milieu du film). On a compris que le film se place du coté des femmes (même dans la BO), qu’il est en cela engagé et c’est bien la pire chose qui pouvait arriver à un projet comme celui-là, perdre la sincérité et la rage du genre pour le diluer du coté de l’opinion et de la lutte sociale revendiquée. Exit alors la mise en scène, le seul moyen de donner du sens passe par la narration et les dialogues, mal écrits et donc mal interprétés. A trop vouloir multiplier les angles et les messages, Ducournau à dilué ce qui fait l’intérêt du genre, un absolu de mise en scène, pour faire un film dans l’air du temps, daté et périssable.