Vikings ou la réécriture de l’Histoire

Je ne suis pas un expert de la civilisation Viking, mais la dernière série de Michael Hirst (un champion de la réécriture de l’histoire européenne avec Les Tudors, Elizabeth ou Camelot) qui met en scène cette fois hipsters/punk-à-chiens plus préoccupés par des considérations modernes et nombrilistes (le héros est « torturé » entre deux femmes qu’il aime, l’autre partie de son temps consiste à taper sur des chrétiens) que par la poésie et la spiritualité, ce qui paraît assez loin du compte quand on a lu les Eddas ou Astérix et les Normands
Jusqu’à présent Hirst se contentait plus ou moins de suivre les grandes lignes historiques et de coller un casting de top modèle sur n’importe quelle figure historique (Henri VIII ou Elizabeth qui n’était pas vraiment des canons de beauté) pour placer des scènes de culs bien aguicheuses entre deux batailles mal torchées. Ici la problématique est un peu plus ardue : comment filmer la christianisation et le déclin d’une civilisation connue dans l’imaginaire public comme des barbares roux sanguinaires sans finesse venu conquérir une Europe qui ne demandait rien à personne. Cette vision manichéenne de l’histoire avait pourtant tout à gagner à être brocardée en développant par exemple les nombreuses causes de l’expansion viking, à chercher aussi bien dans leurs croyances profondes que dans la représentation apostolique d’un christianisme tout puissant et corrompu. Las, la série impose un ami moine à Ragnar Lothbrok, sous tend que toute les religions se valent bien au fond (je suis charlie) et transforme les conflits métaphysiques et civilisationnels entre guerre d’égo/bataille de bite/etc… Ne parlons même pas de la représentation de la foi, la plupart du temps il s’agit d’un mauvais trip façon Ridley Scott, d’un rêve ou bien des deux à la foi.

Entendons nous bien, Hirst s’est quand même renseigné un peu, a fouillé les récits fondateurs, travaillé avec des historiens, là n’est pas la question. Cette époque est très peu connue, il y a beaucoup de zone d’ombres, et ce n’est pas la véracité historique qui est en cause mais bien la volonté sous-jacente de plaquer des préoccupations modernes pour combler les trous qui est fâcheuse. On touche ici à ce qui me gêne profondément dans le cinéma et les séries américaines traitant de l’histoire, c’est la volonté d’imposer le point de vue consumériste et nombriliste des sociétés modernes à toutes les époques, ce qui a pour effet à long terme de modifier la perception de l’Histoire chez le grand public. Si tout ce que monsieur Hirst à retenu de la Gylfaginning c’est des barbus qui se tapent dessus pour une gonzesse, c’est avant tout parce que c’est plus facile à vendre, que ça parle à la cible marketing visée par les producteurs soucieux de ramasser du pognon.

Encore plus gênant, ce personnage principal de roi des Vikings ne rêve que d’une chose, devenir chrétien ! Pourquoi pas s’acheter un pickup et faire des barbecue le dimanche après l’Église, le rêve de toute société digne de ce nom ? Fondamentalement la religion Viking est d’essence naturelle, elle se base sur la vénération de la nature et la fin du monde (le ragnarok) est l’antithèse d’une fin du monde apocalyptique, c’est la destination constante de la nature, un équilibre dans lequel l’homme doit s’efforcer non de plaire aux dieux mais de les surpasser dans l’équilibre, les dieux étant des obstacles constant au bonheur des hommes.

Bref, pas grand chose de Viking dans Vikings, sauf si on réduit le Viking à un barbu violent et sauvage (qui est torturé par l’amour quand même, faut bien vendre du cul) qui fait du bateau et massacre des chrétiens.