DIVINES de Houda Benyamina

Le saviez-vous ? Le film français révélation de Cannes 2016 (j’ai détesté écrire cette phrase) est un exemple rare de film engagé-mais-pas-trop. Sensé nous plonger dans le quotidien de deux apprentie dealeuse d’une cité d’île de France, DIVINES va beaucoup plus loin que le simple film de genre et n’hésite pas une seconde à faire dans la grande fresque sociale peignant les peurs et les désirs de notre jeunesse turbulente et paumée qui croupit dans des cités moribondes.

Tout n’est pas à jeter, attention. Le scénario, somme toute éminemment classique (ascension puis chute d’un dealer, cf 40 ans de cinéma de Scorsese à GOMORRA) est plutôt efficace même s’il est truffé de cliché (bien que certains journalistes aient quand même trouvé original que des jeunes de banlieues issu de l’immigration vendent du shit au lieu d’aller à l’école) : le couple formé par les deux actrices principales fonctionne très bien, il y a même une scène très belle, un plan séquence assez long basé uniquement sur le jeu des actrices qui part pourtant d’une idée casse-gueule : cela fait parties des deux ou trois idées de mises en scènes à mettre au crédit de Benyamina (je vais y revenir). Il y a même une ou deux vannes un peu drôles, et si elle s’était cantonnée à faire un film de genre, si elle n’avait pas eu l’ambition de faire l’oeuvre d’art totale et définitive sur la banlieue et de donner des leçons à la terre entière j’aurais bien sagement fermé ma gueule et applaudi (c’est ce que fait très bien la série GOMORRA au passage : respecter le genre tout en abordant en sous texte des thématiques actuelles), mais il y a dans DIVINES un supplément crème fraîche offert sur la pizza déjà bien chargée de la revendication sociale, une réflexion sur l’art et la religion qui vaut son pesant de cacahuète. On va faire ça en quatre points, comme à l’école.

Premier point, la romance mise en scène comme un DIRTY DANCING version supermarché (!!) est incroyablement naïve, voire maladroite ; OK on a compris que la danse, et donc l’art en général, vient pallier l’impossible communication entre les deux amants que tout oppose mais là on parle d’une dealeuse qui veut conquérir le quartier par les armes et qui se retrouve à danser avec son keum dans les rayons de lidl ?  Starfullah comme on dit chez nous. C’était pourtant une bonne idée de balancer du gros rap qui tache sur de la danse contemporaine, mais ça aurait pu être amené de manière tellement moins laborieuse, juste avec ce beau point de montage un peu punk et gratuit (ça fait partie des bonnes idées de mise en scène que j’évoquais).

Deuxième point : LA RELIGION. Le film s’appelle DIVINES, et ne parle pas de travesti qui mangent du caca, donc ça doit être la deuxième hypothèse : LA RELIGION. LA RELIGION qui est pratiquée par tous les gentils musulmans mais pas par les dealers. LA RELIGION illustrée par de la musique extatique orientale et pas du rap crade. LA RELIGION avec des gentils père de famille et des gentils imams qui aident les pauvres. Je dois vraiment continuer ? Je crois qu’on est tous d’accord pour dire que la foi peut soulever des montagnes et sauvera le monde, était-ce bien la peine d’insister là dessus avec la subtilité d’un bulldozer ?

Troisième point, le féminisme. Facile, toutes les protagonistes sont des femmes, elles ont « du clitoris » comme elles disent, c’est à dire qu’elles sont aussi vulgaires et matérialistes que des hommes. Le graal ? Un toy-boy bien musclé (et blond) pour s’éclater au plumard, une ferrari dans le garage et des vacances en Thaïlande, pays bien connu pour son respect de la femme. Le seul personnage masculin qui ait une place digne de ce nom c’est le vigile-danseur de chez lidl, un peu peureux et un peu lâche mais qui a un grand cœur. Les pères sont absents ou travestis, bref est-il seulement possible de faire plus simpliste et crétin comme propagande ?

Dernier point, la fin du film (attention là je vais raconter la fin). Vous pensiez avoir tout vu, de l’art comme du cochon ? On ne s’arrête pas en si bon chemin, c’est de la haute voltige, Benyamina finit par une pirouette plein axe et bien malin qui pourra comprendre ce qu’elle a voulu dire (si tant est qu’elle ait vraiment voulu dire quelque chose). D’un côté on a le brave pompier qui regarde une jeune femme brûler sans intervenir, de l’autre coté des jeunes de la cité qui pendant tout le film ont été présenté comme des racailles qui maintenant veulent sauver la veuve et l’orphelin. En somme c’est un scénario passif-agressif (c’est à la mode) : d’un coté les banlieues ont bien cherchées la merde qui leur arrive, mais d’un autre coté c’est pas trop de leur faute les pauvres ils sont si maltraités (et comble de cliché, l’héroïne qui crie « nooon » face caméra au ralenti, comme dans tout bon mélo hollywoodien). Démerdez vous avec cette conclusion, moi je vais pécho ma caméra d’or avec un film qui a autant de choses à dire qu’une miss France à l’inauguration de la foire à la saucisse de Vierzon. Dommage que de belles idées soient gâchées par tant de maladresses et d’écueils pris le pied au plancher.

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