GET OUT de Jordan Peele

#interracial : Chris passe le week end chez ses beau parents, quelque part dans une campagne des Etats-Unis, et c’est le drame : il est noir et ils sont tous blancs, enfin sauf le jardinier et la femme de ménage. A la fin du film Macron est élu président.

On aimerait défendre cette nouvelle production Blum (après le très beau THE VISIT), ne serait-ce que pour l’ambition et le soin apporté au film : tourné avec le budget chocapic d’INTOUCHABLE, GET OUT peut s’enorgueillir d’une belle photo, d’un casting parfaitement adapté (malgré l’insupportable actrice de la série GIRLS) et d’une mise en scène agréable sans être euphorisante (de la diversité dans les plans et les cadrages, c’est au moins ça). Le problème c’est que le film n’arrive que très anecdotiquement à être efficace, et se repose bien trop sur son contexte social pour provoquer le malaise.

GET OUT Jordan Peele
GET OUT de Jordan Peele

Si l’on peut comparer GET OUT à THE VISIT, c’est dans la volonté de faire de la comédie d’horreur avec trois bouts de ficelle. C’est une excellente chose car quand on a pas d’argent il faut avoir des idées, et Jordan Peele n’en manque pas : seulement voilà, le genre ici sert à faire passer un message, et à vendre le film en Europe. Il y a plusieurs aspects dans GET OUT, et le plus efficace tient dans la scène d’introduction : cette peur distillée en quelques secondes parce que vous êtes seuls au milieu d’un environnement hostile, et que vous allez mourir. Le reste c’est trop appuyé : un noir, seul la nuit dans une banlieue riche c’est suspect, en 3 plans c’est efficace, passer 45 minutes à dénoncer le traitement des noirs aux Etats Unis (chez nous !) c’est perdre cette subtilité, ce sous-texte angoissant pour verser dans le didactisme. Et c’est tuer le propos, son universalité, son dépouillement. De la rencontre avec le flic jusqu’à la scène de vente aux enchères, on évolue dans une narration balisée, dans un modus operandi prévisible : dès les premières minutes le personnage principal annonce la couleur (rires) : ça va mal se passer. Et ensuite, devinez quoi, ça se passe mal. On a donc pour commencer le film, une première scène d’intro ou un noir se fait agresser, ensuite un autre noir qui annonce que la suite du film va mal se passer pour lui, et ensuite tous les noirs en prennent pour leur grade. Attention, l’idée de base aurait pu être bonne, c’est une relecture contemporaine de bodysnatcher, mais dès lors que le propos est stabiloté il perd son venin, et verse dans le communautarisme : tous les blancs du film sont dans le même sac (oui on sait ils ont votés 3 fois pour Obama, et alors ?), tous les noirs aussi. Qu’est ce que vous voulez tricoter comme film sur une situation comme ça ? Dès lors on tombe dans une redite, voire une citation du film de conspiration très en vogue dans les années 70 (de THE WICKER MAN à SUSPIRIA en passant par BODYSNATCHERS ou LES FEMMES DE STEPFORD) avec quelques éléments comiques plutôt actuels, eux.

Prenez Carpenter ou Romero, ils faisaient d’abord des films de genre, des films avec un sous-texte propice à une interprétation chez le spectateur, en loucedé, en n’ayant qu’une seule vraie exigence, celle de l’efficacité (donc de la mise en scène) : la narration se jouait d’abord dans la tête, les différents leviers de mise en scène ouvraient des trappes dans l’inconscient du spectateur, le laissant lui même faire le boulot. Prenez Spike Lee, tout ses meilleurs films ne parlent que des relations entre blancs et noirs aux USA, avec autrement plus de subtilité et de malice (et d’humour !). Ici, en dehors d’un malaise distillé par quelques plans morbides et deux ou trois jumpscares de rigueur imposés par le format Blum, il n’y a pas vraiment de chausses-trappes ou de respirations, on a la tête dans le guidon jusqu’au final grotesque (et ce n’est pas forcément un défaut), à peine désamorcé par une pointe d’humour. En fait, et c’est le comble pour un humoriste, le film est bien plus sérieux que son ton le laisse entendre, en abordant très frontalement une thématique grave et en rappelant constamment à son spectateur que quelque chose ne va pas, qu’il faut s’inquiéter. Le « malaise » vient quasiment toujours de la narration, de clins d’œils appuyés ou de séquences oniriques assez grossières (les scènes d’hypnoses sont particulièrement ratées et redondantes). En utilisant une situation déjà horrible, dans un film d’horreur, il ne peut qu’atténuer cette réalité, la rendre anecdotique, voire tendre à la farce, ce qui semble être le contraire de l’effet recherché. Bref, pas grand chose à sauver, si ce n’est une facture plutôt soignée et quelques rares plans anxiogènes que l’on aura vite oubliés.

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