LOVE 3D de Gaspar Noé

C’est sans doute le film de Noé le plus « con », car fondamentalement il n’y a pas grand chose sinon la célébration de l’amour. Mais quelle mise en scène, et quelle flamboyance dans la narration : utiliser la pornographie systématiquement à contre emploi pour enlever son aspect exploitation et ainsi célébrer la passion quotidienne, l’épiphanie sexuelle comme moment de partage sincère, et cette utilisation de la 3D sans doute la plus aboutie jusqu’à présent (l’éjaculation faciale, les plans intra-vaginaux) qui font jaillir et ressentir l’amour jusqu’au fond des corps.

La note d’intention du film est contenue dans le film lui même : faire du cinéma avec du foutre, du sang et des larmes comme seule et unique grammaire. Donc oui c’est con, mais ça marche plutôt bien : tout est question de mise en scène finalement, parfois sur de la provocation, parfois sur du vent, mais tout le temps avec une sincérité émouvante qui donne à LOVE une thématique totalement anti-porno. Le montage, de par le mélange des périodes (des plans se répondent avec 3 ans de décalage) insiste sur les émotions et la notion de manque : les séquences de bonheur fusionnel opposées à l’échec du couple sont un cruel rappel d’une condition temporaire de l’amour. Ainsi les schémas pornographiques classiques ne sont plus excitants car ils sont montrés comme une erreur : le plan à trois, gros classique du boulard, est ici la cause de tous les maux. Quand le spectateur assiste à la scène il est déjà conscient que c’est une erreur, que c’est ce qui va précipiter la fin : impossible alors de ressentir autre chose qu’une sensation de gâchis et de frustration. Tout l’effet « porno » est annulé pour le montage est la narration. Toute la construction du film est ainsi faite : à chaque perversion sa punition, à chaque pulsion animale on perd l’innocence et la grâce. Gaspar Noé n’est pas devenu cul-béni pour autant : le bonheur ne dure jamais longtemps car le temps détruit tout ; mais en même temps il guérit, et c’est le dernier plan ultra symbolique qui apporte l’espoir (l’eau comme symbole de renouveau). Il faut vivre en ayant conscience d’avoir vécu le plus beau, si on en a le courage.

Rien de bien nouveau sous le soleil, mais le film a la grâce d’un souvenir. Le propos assez basique laisse place à l’essentiel : ressentir ce que l’amour à de plus important grâce à une mise en scène inspirée et rythmée, parfois proche de la transe. On est amené à ressentir l’émotion, le film fonctionne sur le plan sensoriel et c’est ce qu’il pouvait se passer de plus beau sur un écran. LOVE est un film beau, sur l’instant, sur le ressenti, un film à vivre plutôt qu’a comprendre. Un film à admirer. C’est ce que le cinéma devrait toujours être.

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